mercredi 15 décembre 2010

Léo Ferré

Quelque chose d'idiot peut-être à saluer la mémoire d'un grand, si évident de cirer les pompes d'un souvenir défunt, si facile cette flagornerie qui ne coûte rien... Il est des hommages qui tuent souvent une deuxième fois.
Mais mon admiration pour l'artiste, ce n'est pas un "j'admire beaucoup ce que vous faites, un très grand, ah oui ! un comme vous on n'en fait pas"... ce serait plutôt un remerciement. Juste ça.  C'était en 1985, ça ne date pas d'hier je sais et il y avait juste un piano sur une scène à Manosque, une grosse bagnole sur le parking, immatriculée à Monaco je crois... et la salle acquise... malgré la bande son sur laquelle Ferré chantait seul parce qu'il ne pouvait peut-être pas se payer un orchestre... J'étais juste au pied de la scène. Je sentais presque le fauve. Et je me souviens de Léo assis au piano, de Léo debout, du fil parfait de son tour de chant où chaque anecdote était ciselée, où nous connaissions les chansons, où le spectacle se déroulait dans sa mécanique soutenu par une voix toujours forte et précise...
Mais je ne me souviens pas bien de ce moment où soudainement des mots, un chant, vinrent me taper comme une balle touche sa cible, me réveiller, seulement moi, pour moi ces mots, égoïsme parfait, j'ai su que dans sa chanson il me voyait, comme je le voyais, d'homme à homme, dans cette intimité indécente et improbable de la salle de spectacle... de lui à moi, une transmission, son souffle...
Là, j'étais entré dans la salle dépressif et tristounet, j'en sortis gonflé à bloc, nourri de poésie et de mystère, libre, et surtout sauvé, conscient de ce bonheur qu'on trouve en osant marquer sa différence, faire son territoire non pas coupé du Monde, mais en osant dépasser le convenu... "je suis d'un autre pays que le vôtre, je m'invente des chemins de traverse... la lucidité se tient dans mon froc"...

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